GUEMAR : Au club Les Colchiques , la retraite se vit cartes sur table (article DNA du 01/02/2022)



Au club des retraités Les Colchiques, à Guémar, les jeudis après-midi sont emplis de parties de cartes et de verres de l’amitié. Les souvenirs de la vie active y sont lointains et le temps de la retraite serait plus doux avec des pensions revalorisées et une meilleure considération pour les anciens.

Sur la table de jeu, la figurine d’un chien pas plus haute qu’une pomme désigne le prochain donneur de cartes. Utile « quand on perd la tête ! », s’amuse une des joueuses. Le rituel est immuable. Tous les jeudis après-midi, ils sont une vingtaine à se retrouver dans l’ancienne école de Guémar, mise à disposition par la commune, pour jouer à la belote, au rami ou au scrabble, puis partager le verre de l’amitié à la mi-temps. Les confinements successifs ont beaucoup frustré les encartés du club des retraités Les Colchiques, qui ne manqueraient pour rien au monde cette parenthèse hebdomadaire de « jeux », de « convivialité » et de « papotage ». L’association, très à l’écoute et hyperactive, compte 92 membres. La présidente Michèle Koeberlé vient encore d’enregistrer 14 nouvelles adhésions.

Si le succès est au rendez-vous, les retraités ne franchissent le pas qu’après une quinzaine années d’inactivité.

Colette est « heureuse » car elle vit avec son fils

« Les jeunes retraités se disent qu’ils ne sont pas assez vieux pour adhérer », nous diton. Autour de la première table, la question de l’âge et de la vie active ne sont que des lointains souvenirs. On partage le temps présent, canne calée contre le mur, couvre chefs posés sur la penderie, sacs à main à portée de vue, lunettes à portée de main.


Colette Nussbaumer, 92 ans, a quitté sa profession de commerçante il y a trente-deux ans. Elle est « heureuse » car elle vit avec son fils « dans une ancienne maison de Guémar, avec une tour ». À ses côtés, Solange Estève, 93 ans, s’est « accrochée à la vie comme [elle] a pu », mais se console d’être « entourée de gens formidables », comme Colette avec laquelle elle partage « tant de choses ». Charles Umbdenstock, 81 ans, a fait les comptes après sa vie d’agriculteur : une pension mensuelle de 993 € à laquelle il faut ajouter 83 € de retraite d’adjoint au maire.


• « L’inflation à venir va poser un problème »

Pierre Arnold, 81 ans, a été comptable jusqu’en 2000. Sa profession lui a permis de cotiser à une retraite complémentaire, un « avantage » dont il bénéficie aujourd’hui. S’il « ne se plaint pas, globalement », il tient à souligner que les pensions n’ont « pas augmenté depuis sept ou huit ans ». « L’inflation à venir va poser un problème », remarque-t-il, se faisant le porte-parole de nombreux retraités présents. « Une retraite décente », « une meilleure pension », « augmenter les pensions, surtout les pensions de réversion », ces expressions résument l’état d’esprit d’une salle qui ne s’apitoie pourtant pas sur son sort.

Les décennies traversées, parfois douloureuses, se décantent entre sagesse et abnégation. La plupart des joueurs sont propriétaires de leur logement et sont « satisfaits du système de santé et de la prise en charge médicale ». Guémar compte deux médecins, des kinésithérapeutes et trois infirmières, précise Colette.

• « Quoiqu’on fasse, il faut passer par internet…

La déshumanisation gagne tous les domaines » Ce qui les chagrine peut-être davantage, c’est l’image que la société se fait des aînés. « Aucun candidat [à l’élection présidentielle] ne parle des personnes âgées et des retraites », déplore-t-on du côté de la table où les brioches, gâteaux et autres appétissantes pâtisseries attendent l’heure du goûter. Une pointe d’amertume d’être considéré comme « quantité négligeable », « non productifs » et « une charge financière pour la société ». « On a l’impression d’être des laissés-pour-compte », observe Marie Zehnacker, 73 ans, à la retraite depuis trois ans seulement à l’issue d’une carrière dans la vente de vêtements à domicile. « Quoiqu’on fasse, il faut passer par internet… La déshumanisation gagne tous les domaines. Les personnes âgées isolées ne sont pas assez assistées », juge celle pour laquelle la retraite se passe pourtant « très, très bien ».


• « On fait bouger les restaurants et les agences de voyages ! »

Il n’y a pourtant pas de quoi accabler les « inactifs », aime rappeler François Hoferer, 74 ans, ancien agent technique à la Mutuelle sociale agricole (MSA). « Le troisième âge entretient une certaine économie », rappelle-t-il. « On fait bouger les restaurants et les agences de voyages ! » Certains mettent en avant « le pouvoir d’achat » des pensionnés, « véritables acteurs économiques », quand d’autres soulignent que les bénéficiaires de « retraites valables participent à la consommation ». La première grande rencontre de l’année aura lieu le jeudi 10 mars : le repas des anniversaires du premier trimestre, suivi de l’assemblée générale. La prochaine sortie est programmée le 7 avril : carpes frites au Glockabrunna, à Balschwiller, puis visite de la biscuiterie-chocolaterie-pâtisserie Gerthoffer, à Retzwiller. Ainsi va la vie au club Les Colchiques. En attendant, les hautes fenêtres de l’ancienne salle de classe invitent le regard à s’évader au-delà de la Fecht toute proche, jusqu’à la plaine que les inondations transforment parfois en miroir géant.





















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